Comment l’analyse de données a permis à l’Europe de remporter la RyderCup?

Des cris de joie, Francesco Molinari en pleurs sur le 16, une victoire 17,5 à 10,5, Moliwood,  Tiger sans dessus dessous, et Mickelson se plaignant du rough…Des souvenirs gravés à jamais. Une victoire pas seulement humaine mais aussi due aux données et à l’analyse prédictive mise en place par le 15th Club. Cette entreprise anglaise, spécialisée dans la fourniture de données et d’analyse majoritairement dans le foot, a fourni dès 2017 au capitaine Thomas Bjørn et à ses vice-capitaines, des données clés pour définir les paires ou encore les matchs simples qui feraient la différence. Blake Wooster nous donne des informations très précises sur comment une victoire peut être obtenues par les données et qu’il ne faut jamais négliger le facteur humain.

Un long processus de sélection

Tout commence en 2017. Aux yeux des spectateurs tout semble commencer le lundi, mais pour l’équipe du 15th Club, 90% du travail est fait avant.
Lors de leur première rencontre avec Thomas Bjørn, l’équipe démontre qu’ajouter des analyses chiffrées est une aide à la décision. Le but étant de fournir des conseils objectifs et indépendant, tout autant que des solutions à des problèmes complexes. Et la Ryder Cup comporte de nombreux problèmes à résoudre notamment sur le « pairing » du vendredi ou du samedi. Néanmoins cela ne fait pas tout. Le capitaine a réussi aussi à créer un environnement confortable pour les joueurs.

Mais tout commence avec la sélection du capitaine puis ensuite monitorer la performance des joueurs entre août 2017 et septembre 2018.
Au début, le capitaine n’était pas sûr qu’il allait s’attribuer 2, 3 ou 4 wildcards et laisser ou non les données décider à sa place.
Le 15th club a commencé à analyser la performance des joueurs basée sur la difficulté du parcours, la météo, la difficulté du champ de joueurs. Tout cela pour générer des analyses prédictives. Analyses qui ont permis de connaître bien avant le début de la Ryder Cup, les joueurs automatiquement qualifiés. Et de ce fait établir un planning très amont et commencer la stratégie de paires qui joueront le vendredi et le samedi.
Thomas Bjorn connaissait déjà ses 3 wildcards à l’automne, mais hésite sur Sergio Garcia. À travers, le processus de sélection, 15th Club a fourni des données pour chaque choix potentiel avec des détails sur leur performances, comment chaque joueur allait s’intégrer dans le groupe, plus important encore, est-ce que leur jeu pouvait fonctionner sur le Golf National.

Les données retenues

Les données retenues ne sont pas simplement des indicateurs comme les greens en régulation ou les putts par tour, mais des KPI (Key Performance Indicators) comme les coups gagnés sur le driving et sur le putting, ainsi que le petit jeu. Sur cette base, il a été prouvé que Sergio Garcia n’était pas aussi mauvais qu’il y paraît. Une méthode qui prouvera son efficacité puisque 9,5 des 17, 5 points ont été générés par les WildCards.

Mais ce n’est pas tout. Il a fallu tisser des relations humaines grâce notamment avec un travail sur le terrain et pas seulement avec le groupe WhatsApp. Duncan Carey l’homme golf du 15th Club a créé un environnement propice aux échanges que ce soit avec le capitaine ou avec les vice capitaines.

Le parcours pièce maîtresse

Avant d’arriver sur le golf National, l’équipe a préparé un rapport détaillé avec les caractéristiques nécessaires pour scorer. Un faible usage du driver a été identifié ainsi que la précision au drive en opposition avec la longueur au drive.
L’ordre de jeu dans les foursomes a aussi été identifié comme primordial. Le joueur partant en premier sur les trous impairs pourra prendre les drives clés, alors que le joueur démarrant sur les trous pairs devra être plus fort sur les approches.
Les données ont permis aussi d’identifier 2 paires optimales pour le 4 balles et le foursome, donnant plus de flexibilité pour les capitaines dans leur choix.

Choix des paires et ordre de jeu

Ainsi Paul Casey et Tyrrell Hatton seront associés dans le 4 balles. Henrik Stenson dans le foursome sera associé idéalement avec Justin Rose très solide sur le petit jeu. Ian Poulter et Rory McIlroy pour le foursome, se complèteront de la même manière. L’équipe du 15th Club fera aussi la recommandation de faire jouer ensemble Molinari et Fleetwood. Avec le recul sur ce qui s’est passé, on ne peut qu’approuver cette décision.
Au cours de la compétition, et malgré un retard de 2 points il ne fallait rien lâcher et continuer de suivre le même raisonnement. En effet, en continuant à suivre le plan de départ, et toujours d’après les données accumulées, les paires du vendredi après-midi sont plus fortes.

Résultat 4-0.  La plus grosse marge dans une dans une victoire sur la sessions des foursomes !

Lee Westwood admettra plus tard que la plus grosse leçon qu’il ai apprise c’est de suivre le plan.

Sur le parcours, l’équipe du 15th Club note tous les coups et les transmet via un tableau de bord que les membres de l’équipe peuvent consulter sur leur tablettes. De façon à rassurer tout le staff. Par exemple si une paire est 3 down après 10 trous, c’est peut-être que les adversaires jouent mieux et non pas que les Européens ont du mal. Sur ce premier matin, Casey et Hatton ont perdu leur match sur le dernier trou. Néanmoins les données montrent que le duo était dans les top performers. Avec +5,83 de coups gagnés pour Casey et +1,33 pour Hatton. Donc ils doivent jouer le samedi matin contre Johnson et Fowler. Résultat 3&2 !

Conclure avec les matches en simple

Après les 2 premiers jours, l’Europe mène 10-6.
Toujours en utilisant un système prédictif, l’équipe du 15th club a pour mission de définir à quel moment se jouerait les matchs critiques. Ceux pour la gagne, se situerait entre le 7ème et 10ème match. Avec cette donnée, aligner les simples devient plus simple pour le capitaine. Les joueurs les plus forts devront jouer ces matchs là.

Bref après vous connaissez surement la suite. Molinari scelle la victoire sur le trou 16 contre Mickelson. Il s’agissait du match 9 !

En regardant en arrière, on pourrait penser qu’allier données et facteurs humains suffisent à gagner une Ryder Cup, mais le 15th Club faisait partie de l’équipe qui a perdu à Hazeltine. Depuis, ils ont appris de leurs erreurs notamment en intégrant d’autres variables comme l’environnement et la culture dans leurs prédictions. Enfin, ils ont compris comment et quand intervenir au mieux.

Une belle leçon que le CEO du 15th club, Blake Wooster a partagé avec LeadersInSport. Et qui prouve que des décisions stratégiques doivent être prises de façon rationnelle, et pas seulement avec les tripes.

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Crédit Photos: Twitter

Sur Nicolas Bykoff

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Un commentaire

  1. Excellent, je n’étais pas au courant de leur participation active à l’évènement, super intéressant Niko 😉
    Je crois aussi que les stats peuvent aider les amateurs, et noter ses perfs pendant les parties d’entrainement (FIR, GIR, Stroke, précision des approches…), sur un simple bloc note, aide à identifier ses faiblesses et là où le travail au practice doit se concentrer + jouer les bons clubs/la bonne stratégie sur le parcours !

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