Cet article, d’ailleurs comme l’ensemble de mes articles, ne s’adresse aucunement aux professionnels de la profession, ni aux amateurs compétiteurs de haut niveau. Je suis golfeur totalement amateur de bas niveau et j’écris pour les amateurs de bas niveau, mes frères et soeurs d’armes. Ceux qui payent leurs green-fees pour aller tirer leur chariot et pousser quelques jurons après leur troisième tentative pour sortir d’un bunker. D’ailleurs je doute que les professionnels ou amateurs éclairés portent quelque intérêt à mes écrits, ils ne s’aiment souvent qu’entre eux lorsqu’ils échangent des opinions relatives au golf. Ayant conscience qu’ils jouent un autre sport que le nôtre. Peut être juste un ou deux qui maintiennent une curiosité pour ce que pense leur clientèle. Ou des amis.

Le sport en général a ceci de particulier qu’on peut le pratiquer comme une (future) profession ou comme un loisir. Deux mondes si différents. Pourtant en connexion, puisque certains pros sont nos enseignants. À la différence de nombreux métiers où il n’y a que des professionnels. Vous ne pratiqueriez certainement pas par exemple la médecine comme loisir (Dieu nous garde d’ailleurs de ces nouveaux médecins qui se forment sur internet et croyant tout savoir mieux que ceux qui pratiquent depuis des lustres !).

Il me vient en tête une question toute bête mais qui définit tout de la qualité de notre jeu et de nos progrés : “Quel est votre objectif au golf ?”.

Je laisse un blanc afin de vous laisser le temps de réfléchir.

Il me semble que ce qui différencie un enseignant lambda d’un vrai “coach” de golf est justement celui qui saurait vous poser cette question en préambule à tout travail avec vous. L’enseignant lambda peut vous apprendre à mieux bouger votre corps pour lancer cette petite balle d’un point vers un autre. Le coach de golf va non seulement faire cela mais il va aussi vous permettre d’atteindre votre excellence. Parce que nous sommes tous excellents. Nous avons juste des niveaux d’excellence différents. Et notre excellence ne se révèle pas uniquement par le biais de nos capacités physiques.

Le golf est à la fois une activité physique et mentale. Être capable de claquer un coup de bois sur le green à 180 mètres réclament des capacités physiques réelles. Gratter un chip à 15 mètres du drapeau n’est en rien une faiblesse liée à notre physique (alors que nous avons réussi ce genre de chips déjà des dizaines, des centaines de fois) mais le plus souvent une faille mentale. Mais je m’égare.

J’imagine certains dire :” Je veux jouer à un chiffre !

Okay, bravo. L’ambition est un puissant moteur. Et êtes-vous prêt à y travailler suffisamment ? À aller au practice au moins 3 ou 4 fois la semaine. Non pas en tapant deux seaux de balles comme une mitraillette. Mais à vraiment suivre un programme sérieux fait de 60% de petit jeu, de plusieurs heures de travail sur vos points faibles, comme les wedges à 30, 40, 55, 67 mètres ? Avez-vous ce luxe de pouvoir vous consacrer autant au golf ? Avez-vous des enfants qui réclament votre présence ? Avez-vous un boulot qui vous monopolise pour au moins 12 heures par jour embouteillages compris ? Avez-vous un compagnon, une compagne qui mérite votre totale attention et voire plus (Car au final, qu’est ce qui est plus précieux dans la vie que l’amour que nous portons aux êtres chers ?).

Il m’arrive de jouer avec des gens qui se morfondent sur les parcours parce qu’ils ne sont QUE des golfeurs moyens. J’ai juste envie de m’asseoir dans l’herbe et de leur parler avec tout mon coeur et leur dire combien ils sont arrogants. Oui, arrogants. Le golf quand on vise le haut niveau est un art. Très difficile. Très exigeant. Qui réclame une somme astronomique de travail.

Pour exemple… J’ai eu l’occasion d’écouter Hank Haney, l’ancien coach de Tiger Woods. Il décrivait une journée de Tiger : 6 heures du mat’… salle de gym jusqu’à 8H.. petit dej douche… 9 heures, practice. Des seaux, des seaux… puis du chipping jusqu’à 11 heures… Puis 9 trous… puis pause dejeuner… Puis à nouveau practice pour travailler ce qui n’avait pas été correct sur les trous du matin. Puis un peu de chipping parce qu’il faut pas mollir… Puis à nouveau 9 trous… À nouveau practice pour les mêmes raisons que précédemment puis putting green pour un bout de temps. 18H30, maison… et là Tiger travaillait ses épaules sur des machines… 20 heures dîner. Et puis certains jours, jusqu’à 54 trous dans la journée. C’est à ce prix que se forge la confiance et le talent. Et le mental. Et le swing.

Nous sommes si arrogants, nous les amateurs quand nous nous fixons le “par” comme objectifs alors que nous ne pouvons pas matériellement nous offrir les conditions de même y penser.

Un vrai coach de golf va vous aider à définir votre objectif disons raisonnable, et aussi vous permettre de prendre conscience des différentes étapes, des moyens qu’il faudra mettre en oeuvre pour vous permettre d’atteindre votre but. Et alors peut être vous reverrez vos ambitions à la baisse. Ce qui semble tout à fait “humain”.

Pour jouer à un chiffre, qui est sans offense aucune, un niveau ultra moyen en comparaison des artistes du Tour, il faut déjà accorder un maximum de temps et d’investissement pécuniaire pour cela. En avez-vous seulement les moyens ?

J’aime bien les enseignants qui savent stimuler, qui vous tirent vers le haut mais qui vous ne vous enfarinent pas avec des conneries afin que vous preniez des heures et des heures de cours pour rien. Pour juste taper dans une balle sur un tapis en synthétique, qui est quand même, quand on y pense, tout sauf un objectif !

Le golf c’est quatre secteurs de travail : Putting, driving, approches, chipping, fers moyens, fers longs, bunkers,… attendez je recompte… 1, 2, 3… 7. Oui, je dis des bêtises, en fait c’est au moins sept secteurs où il faudrait être des maestros ! (Sans compter la stratégie de jeu. Le travail sur le mental, sur notre routine…) Ce que sont les pros du circuit. Ce que nous ne sommes pas capables matériellement d’envisager. J’ai un ami qui prend des cours avec une star des médias. Et cet ami à chaque fois que je le vois me dit : “Putain je souffre !”. Et je vois bien qu’il souffre. Il a 65 ans et se rêve être avoir 25 ans. Son “pro” à une méthode d’enseignement et une seule. Sinon, il n’accepte pas d’élève, dit-il. Mon pote joue comme une vraie courge. Je ne le vois faire que des mouvements atroces avec des balles que je n’ose qualifier. Je ne lui dis rien bien sûr mais j’ai mal pour lui. Chacun son chemin. Pour moi le golf ne saurait être un Golgotha. Je le vois en sueur, douloureux, étirant ses bras avec ce mouvement totalement ridicule et meurtrier. Mais son “pro” passe ses cours et se vend à la télé. Puissance des médias. J’ai mal pour lui.

J’aime les coaches qui nous aident à nous regarder avec humour et honnêteté. Un vrai coach c’est quelqu’un qui nous accompagne à devenir qui nous sommes. Et du coup à être heureux d’être qui nous sommes. Un coach, un vrai, est quelqu’un qui nous aide à faire éclore notre excellence et nous en sommes tous riches d’une. Un coach, un vrai, ne veut rien, n’espère rien, n’attend rien… d’autre que de nous voir heureux ! Nous sommes notre meilleur coach. Mais nous ne le savons pas. C’est nous mêmes qui définissons qui nous voulons être et ce que nous sommes prêts à investir pour être qui nous voulons être. Point barre !

Quand je joue avec quelqu’un qui est index à un chiffre je n’essaye jamais de rivaliser. Je me dis : “Combien d’enfants as-tu élévé et mené à une belle vie d’adulte ? Tu as créé ton entreprise et bossé toutes ces années… Tu as quel âge déjà ? Fais toi le plaisir de juste prendre du plaisir, tu n’es pas Superman ! Prends du plaisir et laisse ton ego à la maison !

Et pourtant, putain qu’est-ce que j’aimerais être un artiste au golf. Parfois c’est une lutte de me savoir si “amateur”…

On ne peut pas être top partout. Je suis un SuperPapa aux dires de mes enfants, je suis un super pro dans mon taf aux dires de mes clients et cela me va plutôt très très bien !

Didier Brun
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Didier Brun

Passionné de golf depuis un autre millénaire, joueur senior amateur "lambda", avec ses hauts et ses bas (index 11,5). Je m'amuse à écrire à propos de différents aspects de ce sport merveilleux, en toute indépendance, tout en essayant de garder une bonne dose d'humour et d'auto-dérision. Les opinions que je diffuse avec plaisir sur ce blog n'engageant que ma modeste personne. Pour paraphraser Clémenceau : "La passion du golf est une affaire trop sérieuse pour la laisser (seulement) entre les mains des journalistes !"
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