Je n’aime pas compter en stableford ! Je compte toujours mes parties en strokeplay. Sauf bien entendu lorsque les circonstances m’obligent au stableford. Et même là pourtant je continue de penser strokeplay.

À mon sens le stableford n’est pas dans l’esprit du golf et tant pis si je parais être un peu intégriste. Cela élimine de la carte les catastrophes… qui elles sont très “golf” et inévitables de temps à autres ! Vous faites 10 sur un par 4… ben vous avez perdu 6 coups normalement en strokeplay et puis voilà. Vous le mâchez et glurps…. il faut le digérer. C’est la vie ! Alors qu’avec le stableford en fonction de votre handicap vous ne perdez quasiment rien. Juste au pire vous mettez un croix… vous perdez 2 points et pas 6. Ce qui peut aussi changer tout le reste de la partie, votre humeur et vos performances. En faisant ça deux trois fois sur un tour et on a vite fait une petite dizaine de points d’écart entre la réalité et le score net obtenu. Savoir digérer une petite catastrophe sur un trou est un des talents à cultiver. Pas toujours facile ! Mais n’est-ce pas l’essence du golf ? Un de ses intérêts. Et c’est aussi pourquoi nous admirons tant les performances des champions. Imaginons Sergio Garcia cette année à l’approche du green du 15 au Masters avec les commentateurs s’écriant : “Ah la la Sergio vient de mettre cinq balles dans l’eau… mais ce n’est pas la mort, il ne perdra finalement que deux points. Il reste donc dans la course !

Il m’arrive de jouer avec des gens qui se prétendent “X d’index” grâce aux compétitions stableford et qui jouent (quand on compte tous leurs coups) en fait bien plus que leur “X”… Ce qui en soit n’est pas du tout un problème. J’ai autant de plaisir à jouer avec quelqu’un qui joue 100 que 80… à condition qu’il ou elle soit sympa, relève ses pitches et ratisse dans les bunkers. Cette histoire d’index mène souvent à des réactions assez infantiles. Le stableford habitue à une forme de “pardon” qui empêche de rendre le vrai reflet de ce qui s’est réellement passé. Lorsque quelqu’un ramasse sa balle en disant “Mets moi une croix”… Cela me semble être comme un abandon de la partie. Quel aurait été le vrai score si cette personne avait fini tous ses coups ? (On ne le saura jamais. J’ai aussi toujours une petite gêne quand les gens se donnent des putts d’un mètre. Nous savons tous quelles terreurs ils peuvent être pour les nerfs et le score.) Lors d’une partie amicale, j’ai récemment été battu en stableford de trois coups par quelqu’un qui avait ramassé sa balle deux fois, encore assez loin hors du green. Il semblait heureux de sa victoire finale. Je n’ai rien dit et l’ai félicité. Mais, je le confesse, secrètement j’ai pensé qu’il ne pouvait pas avoir gagné. Même si par ailleurs j’avais un peu joué comme un cochon.

Ne serait-ce qu’en matière de stratégie de jeu, compter en vrai strokeplay change tout. Les bons scores doivent pour beaucoup à la gestion de nos erreurs. Comme le dit Faldo : “Golf isn’t about the quality of your good shots, it is about the quality of your bad shots !”. Quand il y a un hors-limite à gauche et que je peux avoir une tendance au pull au drive, est-ce que je vais vraiment jouer mon driver ou assurer avec un bois 4 ou même un rescue ? Quand je compte tous mes coups, en strokeplay donc, ma réflexion va être certainement prudente. Et d’ailleurs cette forme de prudence va me servir à garder la balle en jeu et mieux jouer. Je vais rester dans une zone de confort. Il y a toujours sur un parcours bien fait des trous où on peut lâcher un peu les chevaux. Et d’autres où il faut serrer le jeu. Le golf est un jeu éminemment psychologique. On est face à soi-même. Sans maquillage aucun. On est qui on est à un instant donné. Avec des “jours sans” aussi. Nos erreurs ont un prix qu’il faut savoir respecter. Je me vois faire très souvent des coups si horribles que je ne peux pas croire que j’ai fait ça… pourtant, si … c’est bien moi… comme nous tous, capable du meilleur et du pire. J’aime les golfeurs honnêtes. Pas truqueurs. Il me semble que le golf est justement un magnifique exercice de sincérité, d’humilité et donc aussi de positivisme. Car lorsque nous faisons un très bon coup, nous savons aussi que nous seuls en sommes les auteurs… appréciable !

Par contre, pour rendre le jeu encore plus fun, léger, pour se permettre d’oser “un peu plus”, tout en gardant son caractère passionnant, il y a une formule de jeu que j’adore, le scramble !

Une équipe de deux… On met chacun la balle en jeu et on choisit le meilleur emplacement après chaque coup… le moins bien placé ramasse sa balle et va se dropper près de celui qui a mieux réussi. Le but est de se battre en stroke play contre le parcours si on n’est que deux ou bien contre une autre équipe. C’est ultra motivant. Et super “positif” pour le golf de chacun. On peut adopter la stratégie d’avoir un qui ose et un autre qui temporise et assure. Ou les deux…. j’avais découvert cette façon de jouer lorsque mon fils, alors très jeune, s’énervait de ses mauvais coups lorsque nous jouions ensemble. Je le voyais s’enfoncer dans le stress et la détresse par son désir de paraître adéquat, de briller à mes yeux. Et jouer donc terriblement mal de par cette pression terrible qu’il s’infligeait. Ce que je trouvais franchement injuste, car bien sûr à l’époque il n’y avait pas photo. J’ai alors décidé de rompre ce stupide stress.

Dès que nous avons commencé à jouer en scramble, il a progressé d’une façon étonnante et très profitable à plusieurs niveaux. Son aide notamment au petit jeu était très importante. Il se sentait valorisé et a gagné en confiance. Nos parties sont devenues immédiatement moins “tendues” pour notre plus grand plaisir. Le sentiment unique de faire corps, d’être une aide l’un pour l’autre. Quelle merveilleuse énergie. Ce sentiment de se débarrasser de son ego et de devenir part d’une autre entité, bien plus large, que son simple “soi”. Il n’y a pas pour moi de meilleures parties que lorsque je joue ainsi avec lui. C’est devenu notre habitude entre nous. Il y a deux jours nous avons joué encore en scramble, ensemble… Unis. J’étais si fier de ramasser ma balle souvent, car ses drives si jolis sont désormais bien plus longs que les miens. J’étais aussi très fier de rentrer les putts qu’il n’avait pas pu rentrer, mais il m’avait donné la ligne. J’étais si fier de le voir sortir du bunker magnifiquement alors que j’avais auparavant toppé mon coup et envoyé ma balle Outre Manche. J’étais si heureux de me sentir beaucoup plus que mon simple petit “moi”. Nous avons joué +5 sur le parcours pas si “facile” que ça du Golf des Yvelines, qu’il découvrait et que je n’avais joué qu’une fois. (Par ailleurs, quel magnifique golf !) C’est en général notre niveau scramble… entre +1 et +5, ensemble. C’est le seul “index” de référence qui compte vraiment pour moi. Mon index qui définit le niveau illusoire de mon golf m’importe assez peu. Je préfère celui qui qualifie le merveilleux sentiment de plaisir que j’ai à jouer en équipe avec mon fils.

Le scramble libère, met en joie, aide à oser et à mieux jouer. Il y a bien entendu l’effet “seconde chance” sur chaque coup qui apporte énormément de confort de jeu. Mais cela reste une saine stimulation entre équipiers. Et surtout le scramble permet de se sortir du carcan de notre petit index, ce tyran. Curieusement, en scramble, quand notre équipier “rate” nous le soutenons avec ferveur et pourtant lorsque nous ratons nous-mêmes nous nous infligeons si souvent les pires mots. Comme quoi, sortir de soi et regarder le monde autrement ça change totalement notre perception de la réalité.

Vive la joie, vive le partage. Vive le scramble !

Crédit Photo : Le magnifique trou 6, par 5, du golf des Yvelines par Didier Brun

Didier Brun
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Didier Brun

Passionné de golf depuis un autre millénaire, joueur senior amateur "lambda", avec ses hauts et ses bas (index 11,5). Je m'amuse à écrire à propos de différents aspects de ce sport merveilleux, en toute indépendance, tout en essayant de garder une bonne dose d'humour et d'auto-dérision. Les opinions que je diffuse avec plaisir sur ce blog n'engageant que ma modeste personne. Pour paraphraser Clémenceau : "La passion du golf est une affaire trop sérieuse pour la laisser (seulement) entre les mains des journalistes !"
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