le seppuku de sergio garcia augusta

Le seppuku du 15 à Augusta.

L’octuple bogey au 15 du tenant du titre à Augusta lors du premier tour de ce Masters 2018, l’éliminant de fait de la course au titre, est une très belle leçon de golf. Et de vie. Et non, je ne me moque vraiment pas. Je suis sincèrement admirateur inconditionnel de Sergio depuis toujours. Le golfeur. L’homme, je ne le connais pas. Je suis respectueux de cette façon si “toreador” qu’il a eu de gérer ce “toro” du 15. En quelque sorte, cela me fait avoir encore plus de tendresse pour l’homme. Avec ses talents et aussi ses failles. Plutôt mourir avec honneur, là tout de suite, en guerrier dans l’arène plutôt que de calculer, laisser passer la colère et réfléchir froidement. Sergio n’est pas animal de sang froid. Il est latin. Un peu chaud bouillant… parfois un peu connement “matador”. Même si cette explication à caractère ethnique semble un peu primaire. Et que d’aucuns, à l’esprit tordu, pourraient considérer raciste. Je me sens très latin moi-même.

Le golf est vraiment à l’image de la vie. Des hauts, des bas, des moments de parfaite ivresse joyeuse (non je ne parle pas d’alcools) où tout semble sourire avec grâce et aussi des moments plus incertains, plus rudes, plus “injustes”, des moments si lourds que peut être alors… les êtres semblent sortir d’eux-mêmes. Et se montrer enfin ! Certains, pas tous. Il y a des cultures dans lesquelles, ne rien montrer de ses émotions, ne jamais être “hors de soi” est une force… ou une limite. Tout dépend de quel point de vue on l’entend. Ou le voit. Ou le sent.

Seppuku ! Peut être ne connaissez-vous pas ce terme japonais. C’est l’action de se faire hara-kiri (qui elle ne signifie que l’action de s’ouvrir le ventre). Le seppuku est l’acte rituel “honorable” de mettre fin à sa vie. Une petite fantaisie esthétique japonaise. Ce petit côté extrême des choses.

Sergio pensait être “” pour défendre sa veste verte au Masters mais il ne l’était pas. La charge était bien trop lourde alors que sa tête est ailleurs : son vrai bonheur d’homme… son mariage récent, la naissance de son premier enfant et aussi ne l’oublions pas, l’achèvement l’an passé à la même date de son rêve de golfeur qui était de gagner au moins un tournoi majeur afin de ne pas être rangé pour l’éternité dans le tiroir de ces “champions losers” qui n’en ont jamais gagné un. Il a préféré se faire mourir lui-même dans cette tragi-comédie un peu burlesque. À “l’espagnole”. Et pourtant assez douloureuse pour qui admire son talent.

Atteindre un objectif c’est une joie, un moment qui peut être divin… puis cela peut aussi faire passer ensuite par l’étape d’une petite mort avant que bien sûr l’énergie vitale ne reprenne le dessus et fasse naître un nouvel objectif à atteindre. Pour certains cette transition est rapide. Très rapide. Pour d’autres cela l’est moins, et même beaucoup moins.

Aucun des coups de Sergio jeudi dernier n’était mauvais. Tous en fait étaient assez parfaits, trop parfaits peut être. Sergio après sa première balle qui a roulé dans l’eau après pourtant avoir touché l’herbe, voulait se rapprocher le plus possible d’une possibilité de par. De perfection. Chacun de ses coups de wedges étaient magnifiques… maudit back-spin qui renvoyait sa balle en arrière et la dirigeait vers l’eau colorée artificiellement du parcours d’Augusta. L’artificiel de la perfection. Le Photoshop du golf en live.

Très vite est venue la colère aveugle, l’orgueil blessé, cette façon de vouloir dompter ou mourir. C’etait patent. Dans tout son langage corporel. Et ses décisions. Garcia a suffisamment de bagage golfique pour savoir que son entêtement était suicidaire. Il eut été dans un autre tournoi, après son premier coup de wedge revenant dans l’eau, il aurait changé de stratégie. Pas là. Ce n’était pas le moment. Il ne l’a pas fait. Il a préféré rejouer : “Viva la Muerte!”. Ne pas être parfait et donc disparaître avec brio, cédant de lui-même sa veste au plus offrant. Maître de son destin… Ce qui peut sembler pathétique aux yeux de beaucoup.

Certaine personnes, lorsque l’abîme de la désillusion s’ouvre sous leur pieds préfèrent se laisser tomber. Aller dans le sombre des éléments. D’autres non. C’est vraiment affaire de tempérament… et d’histoire de vie aussi peut être. Nous ne réagissons pas tous de la même façon aux échecs, à la douleur, à la désillusion, à la frustration. Nos stratégies de renaissance ne sont pas identiques.

Ce n’est pas une affaire de courage, mais une stratégie de “chemin”. Certaines personnes pleurent dans les enterrements. D’autres ont ce visage lisse, presque comme ces masques de cire du musée Grévin. Tous ont de la peine. Personne ne peut s’arroger le droit de revendiquer la meilleure façon”vraie” d’affronter l’échec et la douleur. Laisser aller ou retenir. J’accorde beaucoup d’estime personnellement aux gens qui montrent leurs émotions et les assument. Parce que peut être je me sens leur pair. Je suis plus mal à l’aise avec ceux qui la jouent “même pas mal !”. Pourtant je leur accorde ce droit de se protéger d’eux-mêmes. J’accueille leurs peurs, du moins j’essaye.

Le golf est une quête de perfection. Pour beaucoup d’entre nous. Certains expriment sur les parcours une colère qu’ils n’oseraient certainement jamais exprimer dans “la vie normale”.(Et heureusement car la vie serait alors infernale!) Le golf ne pardonne rien. Le moindre coup raté, c’est un, voire deux points de plus sur la carte. Tout de suite. En vrai. Je ne sais plus qui a dit que de jouer une partie de golf avec quelqu’un nous  apprend plus sur cette personne que n’importe quoi d’autre. Il me semble que cet adage n’est pas si faux que cela. On apprend beaucoup des gens avec qui l’on joue. Soi-même d’abord, si on a l’audace de s’observer un peu.

Personnellement je veux dire “Merci” à Sergio d’autoriser certains à avoir cette immense tristesse un peu mortifère lorsque nous merdons sur les fairways. C’est si humain. Nous aimerions tellement être “valables” en permanence, si imparfaitement “parfaits”. Je me souviens de ce sentiment confus que j’ai souvent eu avec mon fils lorsqu’il était minot et que je le voyais s’énerver après un coup raté lors de nos parties. Et bien que mes mots de père tentaient de le raisonner et lui disaient : “Cool mon fils…!”, intérieurement je souriais et me disais “Punaise, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre… et si tu savais comme je t’aime, inconditionnellement, quelles que soient tes imperfections !”. Mon fils jouant au golf m’a tant aidé à comprendre, à revoir l’enfant blessé que j’ai pu être, avec ce désir de reconnaissance qui ne pardonne rien. Rompre ce shéma : “faillir c’est ne pas être aimé” Je l’en remercie du fond du coeur. Il a participé de fait à une certaine libération de ma personne. (Et, par mesure de précaution,  que mes filles ne me fassent pas une crise de jalousie genre #balancetonpère car je les aime et les remercie tout autant… !!!)

Notre époque, où la performance est “obligatoire” pour nous sentir “validé”… où il ne faudrait pas vieillir ni faillir à la puissance et perfection de la jeunesse… ne jamais faillir à ses études… cette société si empreinte de “fausse” beauté à l’image des photographies travaillées au Photoshop et diffusées sur Instagram… Où le moindre kilo en trop nous rend “moche”… Où le moindre bout de pain ou de gras serait poison… Où le nombre de “like” sur les réseaux nous vaudrait une “certaine” estime publique… Cette époque de diète intestinale purgative, comme pour expier de nos fautes… cette époque si cruelle pour notre véritable identité… Cette époque finalement si religieuse… notre société se prétendant si avancée qui met d’un côté les “winners” et d’un autre les “losers”… manque cruellement de vérité. Les X et les Y… Les XX et les XY…. Les riches et les moins riches. Les Cecis et les Celas. Ceux qui pensent formidable d’indiquer qu’ils prennent l’avion tous les quatre matins pour se rendre d’une capitale à une autre (Comme si on en avait quelque chose à foutre !). Ceux qui sont cloués par les grèves en gare de Machin/Oise et qui eux ne disent rien parce qu’ils n’ont pas besoin. Ceux qui ont besoin de communiquer leurs petits succès commerciaux ou z’artistiques qui, est-il besoin de le rappeler n’impressionnent qu’eux mêmes et leurs thuriféraires. Et ceux qui savent rester modestes et secrets. Le “savoir-faire” et le “faire-savoir”… Tout est là désormais… Le tamis de la passoire se rétrécit. Mais je m’égare !

La vérité c’est que lorsque on sait envoyer “un putain de bon coup de wedge” sur le green, la balle ne devrait pas revenir en arrière et briser notre rêve de bonheur parfait. La vérité c’est que lorsque l’on sait que l’on maîtrise un savoir on ne devrait pas devoir se voir perdant. La vérité c’est que “ Putain fait chier !” quand on rate un coup et que c’est OK d’être déçu ! La vérité c’est qu’il n’y en a pas. Et que demain est un autre jour !

Non en fait, je ne m’égarais pas tant que cela ! Merci Sergio, si certains te moquent, sache qu’alors ils ne connaissent rien de la vraie vie !

Viva la vida !

Sur Didier Brun

Passionné de golf depuis un autre millénaire, joueur senior amateur "lambda", avec ses hauts et ses bas (index 11,5). Je m'amuse à écrire à propos de différents aspects de ce sport merveilleux, en toute indépendance, tout en essayant de garder une bonne dose d'humour et d'auto-dérision. Les opinions que je diffuse avec plaisir sur ce blog n'engageant que ma modeste personne. Pour paraphraser Clémenceau : "La passion du golf est une affaire trop sérieuse pour la laisser (seulement) entre les mains des journalistes !"

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